Au Québec, les glissements de terrain qui se produisent par étalement représentent près de 40 % des glissements fortement rétrogressifs. Ils surviennent lorsqu’une surface de rupture se propage quasi horizontalement dans un massif argileux intact, disloquant le sol sus-jacent en blocs plus ou moins intacts, formant des horsts et des grabens dans la cicatrice du glissement. Ces mouvements de terrain atteignent souvent une superficie plus grande que l’hectare. Les conséquences de ce type de glissements peuvent être désastreuses pour les individus et les infrastructures vu leur grande superficie, la rapidité à laquelle ils se produisent et l’absence de signes avant-coureurs connus. Ils sont donc la cause de décès et de grandes pertes d’argent pour la population, les municipalités et les gouvernements. L’étalement de St-Jude de 2010, ayant couté la vie à quatre personnes, est un exemple des effets destructeurs de ce type de glissement. Ces glissements se différentient grandement des coulées argileuses typiques des argiles sensibles par leurs débris formés de blocs d’argile plus ou moins intacts et il est difficile d’en tenir compte dans la cartographie des zones susceptibles aux glissements de terrain. Il en résulte donc une lacune dans nos connaissances sur ce type de glissement de terrain.

Le projet Étalement, en collaboration avec le Ministère de la sécurité publique et le Ministère des transports, de la mobilité durable et de l’électrification de transports, a été développé selon deux axes de recherche : l’un consiste à réaliser des investigations détaillées de cas historiques d’étalements, et l’autre, à élaborer une méthodologie numérique d’analyse de ce type de glissement utilisant le concept de rupture progressive. L’étude de cas d’étalements par des investigations géotechniques détaillées permet de documenter ce type de glissements particulier, de dresser le portrait des conditions dans lesquelles ils surviennent et de mieux comprendre leurs cinématiques complexe. En parallèle, une approche numérique, démontrant que la rupture progressive peut expliquer l’initiation et la propagation d’une surface de rupture dans un massif argileux intact ainsi que la dislocation du sol sus-jacent, en est développement. Il est aussi reconnu que le concept de rupture progressive, développé pour les étalements, permettrait d’expliquer les mécanismes de rupture d’un autre type de glissement de terrain observé dans les argiles sensibles, qui est appelé glissement translationnel progressif, et qui est différent des coulées argileuses et des étalements, tel que le glissement de Saint-Fabien de 1976.

Ce projet permet donc de développer les connaissances sur les étalements et le mécanisme de rupture en jeux et améliorera l’identification des zones potentiellement exposées à cet aléa et à mieux définir les effets des changements climatiques sur le risque lié à ce type de glissement de terrain.